Pour ne jamais oublier

« Si tu voyais ce pays, ces trous à hommes, partout, partout. On en a la nausée, les boyaux, les trous d’obus, les débris de projectiles et les cimetières ». Ces mots expriment avec froideur et brutalité la réalité de ce que fut la Première Guerre Mondiale.  Pourtant, ces mots sont ceux d’un poète. Il s’appelait Guillaume Apollinaire et il était canonnier-conducteur au 38e régiment d’artillerie de campagne de Nîmes.

Nous sommes le 11 novembre et nous célébrons la fin de la guerre, l’armistice de 1918 signée dans le wagon du Maréchal Foch dans la clairière de Rethondes. Nous célébrons un cessez-le feu. Mais quel feu ! On a tous retenu de nos cours d’histoire que la Première Guerre mondiale fut le conflit le plus meurtrier de l’Histoire. Mais les chiffres, eux, résonnent toujours comme une profonde douleur dans nos âmes citoyennes. 18,6 millions de morts dans le monde, civils et militaires confondus. L’équivalent de la population actuelle des Pays-Bas rayée de la carte en 4 ans seulement.

En France, le bilan humain a atteint 1,5 millions de morts. C’est un chiffre tellement inconcevable qu’il faut lire les noms des victimes, les uns après les autres, sur les monuments aux morts de nos 36 000 communes pour nous rendre compte de la tragédie dont l’Europe fut le théâtre entre 1914 et 1918. Des millions de jeunes français ont tout abandonné du jour au lendemain pour partir combattre dans les tranchées de Verdun, de la Somme, sur le chemin des Dames… Nous leur témoignons notre reconnaissance la plus profonde car nous leur devons la victoire mais surtout notre liberté et notre unité nationale. N’oublions jamais le sang versé pour la France quand nous lisons les mots de liberté et de fraternité sur le fronton de nos mairies.

A l’heure où il n’y a plus aucun survivant de la Grande Guerre, en France comme dans le monde, c’est sur nos épaules que repose la responsabilité de nous souvenir. C’est désormais à chacun d’entre nous qu’il appartient de faire vivre le souvenir de ces héros français au sein de nos foyers et de le transmettre aux générations futures. On dit que chaque famille française a au moins un de ses ancêtres qui a combattu pendant la grande guerre. Dans la mienne, c’est mon arrière-grand-père qui a combattu au sein d’un bataillon et à qui je veux rendre hommage devant vous aujourd’hui. Il a sauvé la vie de plusieurs soldats en découvrant une bombe dans une tranchée. Il a été gazé et a connu d’importants problèmes pulmonaires et respiratoires jusqu’à la fin de sa vie. Il a donc laissé une partie de sa santé dans les tranchées, pour sauver les siens, pour sauver sa patrie. La Croix de guerre lui a été ensuite attribuée pour conduite exceptionnelle au cours de la Première Guerre Mondiale. Je suis fière de son courage, fière pour mon pays, fière du message que je pourrai transmettre à mes enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants. Si je vous parle de mon cas personnel, c’est que je sais qu’à travers mes mots, beaucoup d’entre vous se reconnaitrons car les histoires familiales ont toujours une dimension universelle. Et encore plus quand elles construisent, bout-à-bout, notre récit national.
Car la nécessité d’entretenir une mémoire intime, personnelle, individuelle, doit se faire en complément d’une mémoire collective. Les monuments aux morts qui jalonnent les paysages de nos villes et de nos campagnes sont là pour nous rappeler sans cesse ce que nous devons aux soldats tombés pour la France. Comme j’invite chaque parent à échanger avec ses enfants pour leur raconter ce qu’ont vécu leurs aînés, j’invite chacun d’entre nous, à porter un regard neuf sur ces monuments qui font partie de notre quotidien. Derrière ces prénoms et ces noms gravés dans la pierre, ce sont des hommes de chair et de sang qu’il faut se représenter en train de se battre pour la liberté de notre peuple. La liberté dont nous jouissons tous aujourd’hui.

Depuis tout à l’heure, je parle de ces monuments qui mettent à l’honneur des hommes morts pour la patrie. J’ai aussi évoqué les décorations militaires accordées aux hommes qui sont revenus vivants après avoir risqué leur vie pour la France. Mais l’histoire a aussi reconnu le rôle absolument majeur des femmes pendant la guerre et je tenais à leur rendre cet hommage qu’elles méritent tant. Il y avait le front des hommes, celui des tranchées, des armes et du sang. Mais je vais aussi me permettre de parler un peu plus longuement du rôle des femmes, une fois n’est pas coutume et n’y voyez aucune offense. Il y avait donc aussi ce que l’on appelle l’autre front, le front des femmes, celui de la famille, du travail et de la sueur. A la campagne, les femmes ont dû assumer les travaux dans les champs à partir de l’été 1914. Dans les villes, elles travaillent dans les transports et la métallurgie mais surtout dans les usines d’armement. Ce sont les femmes qui fourniront les munitions que cette guerre totale a exigé. On a même surnommé ces femmes, les « munitionnettes ».  Dans les familles, elles ont pris en charge la responsabilité du foyer, qui plus est dans des conditions de pénuries et de rationnement. C’est le courage de ces femmes que je veux saluer, et leur abnégation au quotidien pour subvenir à la fois aux besoins de leurs enfants et de leur pays. Ce sont des héroïnes, n’ayons pas peur des mots ! Des héroïnes qui ont a jamais changé la place de la femme dans nos sociétés modernes. Alors il faut reconnaitre que le retour des soldats a replacé la femme au foyer. Mais s’il on regarde sur le temps long, si on considère les avancées qui ont été faites ces derrières décennies pour l’égalité femmes-hommes, alors personne ne pourra oublier que les femmes de la grande guerre auront ouvert la voix en montrant qu’elles étaient capables à la fois de protéger, de produire et d’assumer. En un mot, capables, elles aussi, de changer la société !

*Seul le prononcé fait foi

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